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lundi 11 juillet 2011

The Fanclub


Quand Greg Haver, producteur du sublime Lifeblood des Manics décide de s’occuper d’un jeune groupe, ça nous met forcément la puce à l’oreille, et c’est ainsi que je viens de tomber sous le charme de The Fanclub, quintette on ne peut plus anglais, originaire de Bournemouth. Conduits par la mystérieuse voix de baryton de Josh Todd, ils sont les dignes descendants d’une pop classieuse, et les multiples allusions à Morrissey dont ils sont déjà affublés ne sont pas dénuées de vérité. Avec leur section de cordes et les paroles douces-amères de leur bassiste Lewis Tobia, leurs chansons sont aussi sophistiquées qu’épurées de toute fantaisie inutile.

Sur le point de sortir leur premier album, The Fanclub compte déjà à son actif de futurs classiques. Notons Madman qui pourrait aussi bien figurer sur le dernier British Sea Power, et Poets Die Too, à la parfaite mélodie qui n’est pas sans rappeler les meilleures heures de The Divine Comedy. Avec Bitter Boys And Graceless Girls (sans doute ma favorite) ou encore le Further aux paroles très smithsiennes, le groupe continue de confirmer leur aptitude à un songwriting tout britannique, mélodieux et raffiné. Sorti tout récemment sur le label Underdogs, le double single A Real Horror (Part II) / Let’s Measure Next Year Better représente parfaitement l’esprit de The Fanclub. A Real Horror (Part II) est conçu comme « une note de remerciement aux Smiths », et décrit avec une certaine nonchalance les après-midis oisifs à boire du thé en robe de chambre, au son d’une pop indée très 90s. Let’s Measure Next Year Better découvre ensuite le côté plus mélancolique du groupe, et est clairement marqué de l’empreinte de Haver. La montée en puissance mélodique et le final tout en guitares et cordes est certes un peu cheesy, mais on pardonne bien vite cet excès de sentiment.

L’avenir s’annonce en tout cas prometteur pour ce groupe qui on l’espère fera parler de lui, d’autant plus qu’est annoncé un titre sur lequel Nicky Wire serait invité à chanter, ce qui présage déjà des éclats de rire chez certains et des gorges serrées pour d’autres, la voix du Gallois pouvant être aussi désastreuse que touchante. Pour le reste, on pourra faire confiance à The Fanclub pour poursuivre ce parcours sans faute et prouver qu’ils n’ont rien à envier aux plus grands.



Site Officiel.

lundi 14 février 2011

Brother



Sur une minuscule scène quelque part au nord de Londres, en octobre dernier, un groupe qui n’avait encore jamais joué dans la capitale déclarait fièrement : « If anyone here doesn’t want to see the future of music, leave now ». Interrogés sur cette arrogance quelques jours plus tard, quatre lads a priori ordinaires répondaient au journaliste du NME : « We know how amazing we are. And soon everybody else will ». De quoi se faire autant de fans que d’ennemis, avant même d’avoir sorti le moindre disque. On ne pouvait pas ne pas être fasciné d’avance par de telles têtes à claques.

Originaires de Slough, ennuyeux amas de ciment bordé par la M4, Brother est un de ces groupes qui portent en eux toute la culture de la working class anglaise, l’accent mancunien en moins. Il suffit de jeter un œil aux quelques vidéos balancées sur leur site, pour en trouver tous les symboles : les rues dignes des décors de Shameless, où le gris des trottoirs déteint sur le ciel humide, le sacro-saint pub et les pintes de Carlsberg qui diluent tous les problèmes, les gares de province squattées par le casting de Skins et les chauffeurs de taxi pakistanais… Je tombe peut-être dans les clichés, mais c’est précisément l’intention de Brother : devenir le groupe d’une génération qui n’a pas connu les heures glorieuses de la britpop, et qui ne se reconnaît pas non plus dans le rock indé actuel, trop élitiste et éloigné des réalités.

Musicalement, Brother prétend également reprendre le flambeau abandonné par Oasis, et bien qu’il soit encore trop tôt pour en juger, les quelques démos qui ont filtré (notamment l’excellente Time Machine), et le premier single Darling Buds Of May, ne déçoivent pas, et sont autant de raisons d’attendre impatiemment leur premier album. 

Surtout qu’après une enquête plus approfondie, et en dépit de leur provocateur menton levé, on découvre des garçons tout à fait sympathiques et bien plus réfléchis qu’il n’y paraît. De véritables good lads, dans le meilleur sens du terme.

Alors certes, Brother sent le revival nineties à 10 miles à la ronde, mais dans l’ambiance plus que délétère que les Tories font régner en Grande-Bretagne ces jours-ci, il est temps qu’un groupe redevienne enfin la voix des common people de ce pays. Définitivement LE groupe à suivre en 2011.


Brother : site officiel.

lundi 22 mars 2010

White Rose Movement : "It is the end"


C’est avec beaucoup de surprise et d’amertume qu’on a appris jeudi dernier la dissolution d’un groupe sur lequel on misait pourtant beaucoup : White Rose Movement. Formation électro indée londonienne, ils avaient connu des débuts fracassants en 2006 avec leur premier album Kick, disque survolté et dansant emmené par une basse post-punk irrésistible (c’est une fétichiste de la basse qui parle). Des chansons comme Love Is A Number ou London’s Mine avaient prouvé leur efficacité en soirée, et je mets quiconque au défi de pouvoir contrôler son corps à l’écoute de Girls In The Back, titre ravageur, sexy, jubilatoire. Après des débuts aussi prometteurs c’est dire l’impatience avec laquelle on attendait un deuxième album, qui se faisait décidément bien long à arriver. Entre temps les White Rose Movement ont pas mal enregistré, beaucoup tourné, ouvert pour un nombre incalculable de groupes, changé de lineup, se sont même lancés dans la production…, mais on restait sur notre faim. En 2009 et 2010, quelques nouveaux tracks avaient enfin filtré (Helsinki, Red) et on pensait que ça allait être pour cet été, jusqu’à ce message diffusé discrètement sur Facebook à l’intitulé explicite : « It is the end ». Les raisons avancées sont apparemment plus techniques (problèmes de maison de disques, de financement…) qu’artistiques, ce qui rend la nouvelle encore plus navrante. L’album inédit devrait tout de même être mis à la disposition du public, sans que l’on sache encore quand ni comment, mais nous ne manquerons pas d’y jeter une oreille avec un certain pincement au coeur. En espérant que chacun de leur côté, les membres de White Rose Movement continueront à nous faire danser encore longtemps.

Myspace.
À écouter absolument : Girls In The Back, London’s Mine, Deborah Carne, Red.

lundi 15 mars 2010

ULTERIOR


Je suis une fille affreusement prévisible. Il suffit que le NME (que je passe pourtant mon temps à critiquer) fasse un papier dans lequel il compare un groupe aux jeunes Manics, et bim bam boum, me voilà amoureuse d’Ulterior. Je découvre alors quatre Londoniens, de naissance ou d’adoption, parés de vieux cuir noir et sentant bon le soufre. Il n’en faut pas plus pour attiser ma curiosité.
La presse les a vite étiquetés « nouvelle scène est-londonienne », mais s’ils sont proches des membres des Horrors ou de R O M A N C E, leur style n’a en revanche rien à voir. Ils décrivent leur musique comme de l’electronic rock ’n roll, et cela donne une assez bonne idée de leur son : un rock noir et noisy à la Jesus and Mary Chain, mais où les synthés remplaceraient les guitares, et une drum machine la batterie. Le résultat est ambitieux, alors il y a ceux qui vont adorer, et les autres.
Chaque chanson est un défi pour l’oreille, une expérience presque masochiste, car Ulterior semble prendre un malin plaisir à nous séquestrer dans des ambiances froides et hostiles, à coup de rythmes saccadés et de mélodies dissonantes. La voix de Honey (Paul McGregor) se veut envoûtante, glaciale, presque robotique. Le chant prend alors très souvent des tournures d‘incantation. Sans surprise, les paroles sont d’un nihilisme et d’une noirceur absolus. « We’re living in nothing, or nothing’s living in us » parvient-on à déchiffrer. Ce qui les pousse à écrire ? L’ennui, la frustration, la dèche, trois muses qu’on imagine parfaitement derrière une musique aussi sombre, malsaine, presque oppressante. Bref, que du bonheur. On écoutera absolument les titres Weapons et 15, un peu agressifs de premier abord mais au final très addictifs.
En 2009 tout s’accélère pour Ulterior. Signés chez DiscError Recordings (qui décidément ne nous déçoivent jamais), ils tournent avec une multitude de groupes confirmés, sortent un EP, Kempers Heads, et deux nouveaux titres, Sister Speed et Aporia, moins électros, plus humains. Le remplacement d’un synthé par une basse confirme ce changement de direction. Ulterior est avant tout un groupe de rock, et il tient à le rappeler.
Leur intention est claire : « We don't want to be a medium sized band… We’re aiming to be fucking massive ». Ils déclarent aussi vouloir vendre un million de disques et détester la quasi-totalité des groupes actuels. Tiens donc, on comprend mieux la comparaison avec nos Gallois préférés. Une confiance qui peut sembler un peu ridicule mais qui les rend après tout encore plus fascinants. Le début de l’été devrait mettre à l’épreuve leur ambition, puisqu’ils projettent de sortir leur premier album, et d’accompagner celui-ci d’une tournée. Un documentaire sur le groupe réalisé par Joe Alexander est également en préparation. Plusieurs occasions de se faire du mal qu’on ne pourra décemment pas rater.

Myspace.
MP3 et vinyles disponibles chez DiscError Recordings, Rough Trade, etc...

vendredi 22 janvier 2010

The Drowners



Ces trois là, on les a aimés avant même de savoir qu’ils jouaient dans un groupe. Habitués du Stay Beautiful (RIP), on avait immédiatement remarqué Rob et Simon à leurs allures de Glamour Twins modernes : beaux, inséparables, et accumulant les similitudes avec leurs aînés Edwards et Wire.
Originaires de Birmingham mais désormais basés à Londres, Rob (chant, guitare), Simon (basse) et James (batterie) tiennent leur nom d’une chanson de Suede, ce qui nous fait au passage un point commun ; et ils citent en références les Manics, Suede bien sûr, les Smiths, Joy Division ou encore les Cure (minute groupie : les mecs, épousez-nous, sérieusement).
Nous qui les suivions depuis 2008 environ pour des considérations exclusivement esthétiques d’abord, nous avions été charmées par quelques uns de leurs titres déjà disponibles : l’enragé Let Me Out ou encore le torturé Fool Myself. On retrouvait chez eux ce mélange de naïveté et d’ambition qui nous les rendaient instantanément sympathiques. Mais tout cela semblait encore bien frêle. Jusqu’à la sortie fin 2009 de leur dernier EP, Vampire. Le titre, maladroitement choisi (en pleine folie Twilight, ça perd un peu en crédibilité), ne doit pas pour autant vous dissuader. Car les quatre chansons présentées ici sont probablement ce qu’ils ont fait de mieux jusqu’à aujourd’hui.
Les textes des Drowners peuvent paraître un peu cliché puisqu’ils parlent d’angoisses adolescentes, de l’hypocrisie des relations amoureuses, de la vacuité de la vie moderne, bref que des choses très joyeuses qui ne pouvaient que nous séduire. On espère juste qu’à l’avenir, les paroles se feront un peu plus diversifiées et matures.
Leur musique accompagne à merveille ces introspections insoutenables, emmenée par des riffs de guitares aussi tranchants que froids, et la voix de Rob, qui y met tout son désespoir.
Si sur cet EP les mélodies sont tout à fait typiques du groupe, elles ont en revanche perdu leur côté brouillon, les chansons sont bien plus abouties que ce qu’on avait entendu jusqu’à présent, et la production a été grandement améliorée.
Le titre éponyme, Vampire, donne le ton, le trio est clairement passé dans une dimension supérieure. L’introduction rappelle White Rose Movement, avec sa basse qui donne furieusement envie de danser, et la mélodie principale, entêtante. On retrouve aisément les sonorités eighties que le groupe chérit tant. Un peu en-deça, Help Me et Titanic restent cependant très agréables à écouter. Seul bémol, Never Is Forever, qu’on connaissait déjà sous sa version demo et à laquelle on n’arrive décidément pas à accrocher, toujours un peu trop larmoyante à notre goût.
Dans l’ensemble, les Drowners prouvent qu’ils sont prêts pour un destin bien plus grand, et c’est tout le mal qu’on leur souhaite. Le groupe tourne régulièrement à Londres, allez les voir avant que le reste du monde ne leur mette le grappin dessus. Des garçons très gentils en plus, vous verrez (bon, évitez juste de leur parler de notre demande en mariage).

Myspace des Drowners. L’EP Vampire est disponible en téléchargement gratuit sur le site du groupe.
 

jeudi 17 décembre 2009

S.C.U.M



S.C.U.M. Quatre lettres sans équivoque qui renvoient immédiatement au fameux SCUM Manifesto de Valerie Solanas, la femme qui tenta de tuer Warhol et voulut castrer les hommes. Un bien joli programme pour cette incorrigible féministe dont le manifeste donne désormais son nom à l'un des groupes londoniens les plus prometteurs du moment: leur patronyme ne trompe pas, la jeune formation donne bien dans la crasse et les hymnes claustrophobes. Une poignée de chansons distillées sur le web et un unique single auront suffi, on parle déjà d'héritiers de Mars, The Birthday Party ou DNA alors que le groupe n'en est qu'à ses balbutiements, autant dire que les attentes sont élevées.

Bien sûr on retrouve chez eux cette noirceur contagieuse, ces dissonances typiques de la no wave. Les membres de S.C.U.M déterrent le passé et le ressuscitent pour coller à l'air du temps, au moment où tout l'est londonien semble se parer de velours ébène. Leurs compositions sont froides comme l'acier et parfois complètement entêtantes, comme "Summon The Sound", "Wild In Blue" et le très Joy Divisionesque "Second Sea". Dommage en revanche que le single "Visions Arise" produit par Tomethy Furse des Horrors sonne exactement comme le dernier album de ces précieux mécènes.

Mais leur projet le plus excitant à l'heure actuelle est sans doute la série "Signal" qui consiste à enregistrer une chanson accompagnée d'une vidéo aux quatre coins du globe. Le premier titre, "Warsaw", est une longue traversée de cinq minutes hantée par une atmosphère oppressante, une batterie tribale, une voix venue d'outre-tombe. La deuxième étape de ce voyage sonore,"Berlin", a quelque chose de terriblement obsédant: l'image de la capitale allemande se dessine à l'horizon, sombre et glaciale, plongée dans un épais brouillard. La musique de S.C.U.M a définitivement l'odeur des ruelles sombres et des blocs de béton déshumanisés, chaque temps martelant mécaniquement l'esprit prisonnier.

Nul doute que ces délicieuses pourritures risquent de s'installer confortablement parmi les révélations de 2010 et espérons que leurs prestations scéniques seront à la hauteur de nos attentes: intenses, originales et ténébreuses. Après tout, le noir leur va si bien...

Myspace

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